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environnement

Surpoids et infertilité masculine

Introduction


L'obésité masculine (IMC ≥ 30) constitue une cause potentielle d'infertilité et un facteur de mauvais pronostic en Assistance Médicale à la Procréation. Une augmentation de l'IMC chez l'homme est associée à une diminution des taux de naissances par cycle de FIV/ICSI. Le surpoids doit donc relever d'une prise en charge active avant toute tentative.

L'obésité


L’obésité - indice de masse corporelle (IMC) supérieur ou égal à 30 kg/m2 - constitue un véritable problème de santé publique dont la prévalence ne cesse d’augmenter, avec des conséquences majeures sur la santé et la qualité de vie. En assistance médicale à la procréation (AMP), on retrouve dans 50% des cas un facteur masculin et si les hommes en âge de procréer sont les plus touchés par l’augmentation de l’obésité, un surpoids peut être susceptible d’altérer la fertilité.

I - Causes liées à l'obésité


  1. Endocrinologique
  2. L’obésité, surtout abdominale, induit des altérations de l’axe hypothalamo-hypophysaire secondaires à divers mécanismes endocriniens. Il existe chez les hommes obèses une diminution significative des taux de testostérone ainsi qu’une augmentation significative des taux d’œstrogènes, contribuant à altérer la spermatogenèse. D’autres études ont également montré que l’obésité pourrait modifier la spermatogenèse par une action directe sur le testicule avec un mauvais fonctionnement des cellules de Leydig et de Sertoli (cellules situées dans le testicule) qui contribuerait à une baisse de la fertilité masculine.


  3. Réchauffement testiculaire
  4. Enfin, il peut exister un réchauffement testiculaire excessif lié à une augmentation du tissu adipeux scrotal et à une obésité abdominale en position assise. Cette augmentation de la température au niveau testiculaire est susceptible d’altérer la spermatogénèse.


II - Impact sur la fertilité spontanée


Concernant la fertilité spontanée, une étude de 2006 a analysé des données recueillies entre 1993 et 1997 sur plus de 50 000 hommes de l’Iowa et de Caroline du Nord. Les auteurs ont montré qu’une augmentation de trois points d’IMC est corrélée à une augmentation modérée mais significative du risque d’infertilité [1].
Une autre étude publiée en 2013 [2] et regroupant plus de 13 000 hommes a également rapporté l’impact de l’IMC sur la numération spermatique. Il apparait que le surpoids et l’obésité sont associés à une augmentation du risque de présenter une diminution de la numération spermatique (figure 1). Ce risque est significativement augmenté chez les hommes obèses (IMC > 30) et multiplié par deux en cas d’obésité morbide (IMC > 40) comparativement aux hommes ayant un IMC normal.

Figure 1: Risque d'altération du spermogramme selon l'IMC, d'après Sermondade et al.

Figure 1: Risque d'altération du spermogramme selon l'IMC, d'après Sermondade et al.



III - Impact sur l'AMP


Dans le cadre d’une assistance médicale à la procréation (AMP), l’obésité masculine pourrait influencer de manière importante les issues des tentatives. Une revue de la littérature publiée en 2018 incluant plus de 14 000 cycles d’AMP a montré qu’une augmentation de l’IMC chez l’homme est associée à une diminution significative des taux de grossesses cliniques et de naissances vivantes par cycle de FIV/ICSI[3].
L’obésité masculine est donc une cause potentielle d’infertilité et un facteur de mauvais pronostic en Assistance Médicale à la Procréation. Elle doit donc relever d’une prise en charge active afin d’optimiser les chances de grossesse.



[1] Sallmen M, Sandler DP, Hoppin JA, Blair A, Baird DD. Reduced fertility among overweight and obese men. Epidemiology 2006; 17(5):520–3.

[2] Sermondade N, Faure C, Fezeu L, et al. BMI in relation to sperm count: an updated systematic review and collaborative meta-analysis. Hum Reprod Update 2013;19(3):221–31.

[3] Mushtaq R, Pundir , Achilli C, Naji O, Khalaf Y, El-Toukhy T. Effect of male body mass index on assisted reproduction treatment outcome: an updated systematic review and meta-analysis. Reprod Biomed Online. 2018 Apr; 36(4):459-471


Écrit par:

Laura Alter Dr Laura Alter, pharmacien biologiste,
Ancienne interne des Hôpitaux de Paris, ancienne assistante des Hôpitaux de Paris,
Assistante Hospitalo-Universitaire dans le centre d'AMP de l'hôpital de Poissy,
Spécialisée en biologie de la reporduction et préservation de la fertilité.

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