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Témoignage: L’Everest de l’infertilité masculine

Aujourd’hui, notre fille s’est retournée toute seule dans son lit. Hier, elle a éclaté de rire pour la première fois, nous entraînant dans sa bonne humeur communicative.

Depuis sa venue au monde il y a quatre mois, chaque jour est pour elle un terrain infini d’expérimentations et de progrès.

Pour nous, c’est un bonheur quotidien. Un bonheur d’autant plus grand que cette petite merveille s’est fait désirer.

Notre parcours vers la parentalité a en effet plus ressemblé à une croisade qu’à un long fleuve tranquille. Il y a tout juste un an, notre bébé était un embryon J+5, objet de tous nos espoirs, qu’on me réimplantait à l’hôpital Foch dans le cadre d’un protocole de FIV ICSI. Ce n’est pas vraiment ainsi que mon amoureux et moi avions prévu de concevoir notre premier enfant...

Fraîchement mariés avec comme projet de fonder une famille, nous n’avions en effet jamais envisagé faire partie de ces couples dits infertiles qui ont recours à la médecine pour faire ce que l’on appelle vulgairement des « bébés éprouvettes ». Après tout il n’y avait aucune raison : nous étions en bonne santé, sans aucun antécédents médicaux, et avions dans notre entourage un flot de bonnes nouvelles, nos amis affichant une insolente facilité en matière de reproduction. Et pourtant… Malgré une ponctualité parfaite de mon cycle ovarien, un engagement sans précédent de mon amoureux et une foi totale en la réussite à chacun de nos essais, nous avons été obligés de nous rendre à l’évidence face aux tests de grossesse invariablement négatifs : cela ne fonctionnait pas. Au fil des mois, l’angoisse grandissait.

Après environ six cycles d’essais infructueux, j’ai décidé de ne pas attendre davantage et d’aller consulter un spécialiste de l’infertilité, espérant de sa part un petit coup de pouce. Ce médecin a carrément tout remis à plat et m’a fait passer une batterie de test. Et là encore : rien à signaler. Du coup, mon amoureux s’est résolu à aller faire un spermogramme. Et là, le couperet est tombé : azoospermie ! L’Everest de l’infertilité masculine. Un diagnostic soudain et terrifiant.

Face à cela, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle : la bonne, c’est que l’on a trouvé pourquoi je n’étais toujours pas tombée enceinte ; la mauvaise, c’est que nous avons dû faire face à l’incertitude de pouvoir un jour fonder notre famille et dans le meilleur des cas, faire le deuil de concevoir un enfant comme tout le monde. Il fallait nécessairement en passer par un protocole médical lourd, la « FIV ICSI ».

L’ennemi identifié, nous nous sommes lancés à corps perdu dans ce projet. Nous avons choisi le centre de Procréation Médicale Assistée de l’hôpital Foch à Suresnes, pour son service flambant neuf, ses équipes unanimement reconnues et son laboratoire de pointe.

La priorité était de trouver des spermatozoïdes chez mon homme. Je le revois rentrer de son rendez-vous avec son chirurgien andrologue, à nouveau confiant et positif, presque impatient d’aller en découdre au bloc pour une biopsie testiculaire. Finalement, l’exceptionnel travail du laboratoire de Foch lui a évité ce processus de la dernière chance. Il a permis de trouver quelques rares spécimens et de les conserver précieusement, ce qui nous a autorisés à poursuivre le parcours.

Nous sommes alors passés à l’étape la plus lourde : la phase de stimulation hormonale avec ses injections quotidiennes, ses réveils matinaux et ses multiples examens au centre de PMA, exigeant de mettre sa pudeur de côté et générant pas mal de fatigue et de stress. Une période difficile mais en réalité surmontable. Une certaine routine s’était installée et nous tentions de suivre le plus sereinement possible les instructions de l’équipe médicale, en qui nous avions toute confiance.

Pour organiser précisément chaque étape de traitement, l’application Wistim a été notre meilleur allié. Rassurante, elle permet de rester en contact quotidien avec le centre de PMA qui, après chaque résultat de prise de sang, y indique les doses de traitement à prendre dès le lendemain, soit au sein d’un calendrier, soit par message. Tout est ainsi écrit, clair et accessible depuis son téléphone. Plus de risque d’oublier son traitement ou de se tromper de dose, ce qui fait une préoccupation de moins à gérer et n’est pas négligeable dans le parcours complexe de la FIV. J’imagine que tout est également plus simple pour les infirmières, qui devaient auparavant consacrer un temps précieux à appeler chacune des patientes pour leur préciser leurs doses de traitement. Pour les patientes, c’est aussi très appréciable de pouvoir recevoir les instructions de traitement et les dates des prochains rendez-vous en toute discrétion, surtout lorsque l’on est au travail.

Une fois les ovaires remplis de follicules bien mûrs, une ponction sous anesthésie générale a permis de recueillir des ovocytes viables qui, après fécondation en laboratoire, se sont transformés en embryons. La petite fratrie s’est vite retrouvée congelée en attendant sa réimplantation. Le plus dur était fait, et quel soulagement ! Ce succès nous a portés et donné l’énergie de poursuivre le processus.

Le premier transfert a également été un succès, bien que de courte durée. Si les fausses couches sont malheureusement monnaie courante, elles sont probablement encore plus difficiles à digérer lorsque l’on est passé par un parcours de PMA. Mais nous avions encore plusieurs embryons, ce qui nous a évité le retour à la case départ et nous a permis de regarder devant nous.

Le second transfert d’embryon a tellement bien fonctionné que j’ai mis au monde neuf mois plus tard une magnifique petite fille. Quel bonheur au bout de ce difficile chemin de la PMA !

Aujourd’hui, nous en retenons surtout l’issue heureuse ; ce moment extraordinaire, suspendu dans le temps, où l’on a posé notre bébé sur ma poitrine et où nous avons découvert son visage avec émerveillement.

D’autant plus que nous avons eu la chance de connaître un parcours qui s’est finalement avéré assez rapide : 7 mois seulement se sont écoulés entre le diagnostic d’infertilité et l’implantation de l’embryon qui est devenu notre fille.

Cette aventure nous a également beaucoup soudés. Liés par le désir d’accueillir un enfant, nous avons eu le sentiment de nous battre en équipe et de remporter le plus important et le plus beau combat de notre vie. Tous les jours, nous sourions ensemble en regardant et en embrassant notre fille, encore ébahis d’avoir la chance de serrer dans nos bras un tel trésor.

Nous nous souviendrons également du professionnalisme, du soutien, du dévouement et de la gentillesse des infirmières, des biologistes, des médecins, des sages-femmes et du personnel administratif de l’hôpital, qui nous ont tous accompagnés avec beaucoup d’humanité dans cette bataille, comme si elle était la leur. Évidemment, nous avons été en première ligne pour chacune des étapes du traitement, mais chaque soignant impliqué dans notre parcours a, à sa façon, porté un peu de nos angoisses pour nous permettre de nous concentrer sur l’essentiel. Nous avons été soutenus par la dynamique de combativité de toute une équipe qui n’a jamais considéré l’échec comme une option et nous a maintenus à l’abri du doute.

Nous gardons de cette expérience, parenthèse inattendue dans notre histoire et finalement enrichissante, une reconnaissance sans limite et une affection particulière pour ces inconnus qui se sont mobilisés pour nous, autour de notre projet, pour nous permettre aujourd’hui de rire aux éclats avec notre petite fille et de la voir grandir.